Ben Around The World

L'épilogue d'un voyageur immobile...

Je reprends la plume imprégné d'une étrange mélancolie, il y a quelques jours, j'ai écrit le mot « fin ». Comme la page d'un livre qui se tourne et qui clôt un chapitre, j'ai la sensation désagréable de laisser le meilleur derrière moi. Un sentiment de complétude qui préfigure la fadeur de qu'il y aura après... Et l'idée terrifiante que demain ne sera jamais aussi bien qu'hier. Réaliser ses rêves présente l'inconvénient de les faire disparaitre...  

 

Et pourtant malgré cette sensation désagréable, je ne peux m'empêcher de sourire quand je regarde derrière moi. Il y a six mois, je partais avec mon basset en plastique et des rêves plein la tête... Aujourd'hui, je reviens avec mon basset tout cabossé, bourré de soleil et de souvenirs... Ni meilleur ni plus mauvais qu'hier mais différent... Je ne peux résister à vous livrer cette dernière citation, note d'optimisme dans cette conclusion quelque peu négative...   

 

 « il n'y a d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie. » 

Fin...

Et peut-être à suivre...

 

 real & fake



Publié à 11:48, le 24/02/2011, Louvain-la-Neuve
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Et si je vous parlais du Paradis...

Bula Bula (bonjour, bienvenue, santé, merci, de rien, amitiés, ...)

Une effluve de Tiare, un gout de Kava, un paysage de carte postale, une rythmique lancinante de percussions, une atmosphère saturée d'humidité... Bienvenue dans l'archipel des îles Fidji, bienvenue dans le Pacific Sud, bienvenue dans la succursale terrestre du paradis... 

 

 

Comme un petit monde à part, l'archipel obéit à ces propres règles et vit à son propre rythme. « Fiji time man, relax, take it easy »...L'heure est une notion toute relative, le retard n'existe pas  et quelque fois, il arrive que « par manque de brise, le temps s'immobilise ». Les noix de coco se ramassent sur les plages immaculées, les averses ne durent que le temps de se mettre à l'abris et laissent derrière elles un parfum florale et suave. Plonger dans les eaux cristallines, apprécier une noix de coco ou un ananas, siroter un cocktail, lire un bouquin..., en-dehors de ça, il n'y a rien à faire... mais franchement, que faut-il de plus ? 

 

 Tiger Shark

Lemon Shark 

Bull Shark 

Clown Fish

 

Soft Coral and Gorgona

Angel Fish

 

Gorgonna

Angel Fish  

« Le rire est dans le cœur, le mot dans le regard
Le cœur est voyageur, l'avenir est au hasard
Et passent des cocotiers qui écrivent des chants d'amour
Que les sœurs d'alentour ignorent d'ignorer
Les pirogues s'en vont, les pirogues s'en viennent
Et mes souvenirs deviennent ce que les vieux en font
Veux-tu que je te dise : gémir n'est pas de mise
Aux Marquises »

 

Shark's Shadow

 

 

 



Publié à 11:29, le 24/02/2011, Suva
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Faire de son rêve un souvenir

Atteler son char à une étoile et garder ses rêves dans un coin en attendant d’en faire une réalité… Et puis un jour, à force de courber, plier, malmener le destin, les choses arrivent… Certains appellent ça la chance, d’autres la fatalité, je préfère parler d’opportunité. Je n’ai pas envie de vous servir le baratin habituel ou de présenter ça comme le cadeau d’une année nouvelle… J’ai juste envie (besoin) de partager, dans la mesure du possible, la complexité des sentiments et du vécu. Malhabile à l’écriture, si je pouvais vous faire ressentir, pour un instant, pour un  instant seulement, l’intensité du moment, cela pardonnerait toutes les inepties que j’ai pu écrire sur ce blog.

Il est de ces passions que l’on explique pas. Sont-elles innées ou juste le fruit de la gestation d’un cerveau embrumé ? Suis-je venu au monde avec cette volonté irréductible ou s’est-elle forgée ? Allergique aux discours métaphysiques, je ne vais pas plus loin creuser la question… Et entre vous et moi, je suis sur que tout le monde se fout du comment naissent les rêves… L’important n’est-il pas de les réaliser… ou à tout le moins de tout tenter pour les voir se réaliser ? Ne pas s’appesantir sur un échec et garder à l’esprit que tout est toujours possible. Et si vous avez la chance, comme je l’ai eu, de voir un rêve se changer en souvenir, la récompense n’en est-elle pas que plus belle ?

Laissant la raison dans un coin profond de mon cerveau et n’ayant que mes passions comme seul conseil, j’ai décidé de (re)retenter la confrontation avec le plus redouté des prédateurs. Encore légèrement enivré par les effluves célébrant l’année nouvelle, je m’envole une fois de plus vers Port Lincoln et son usine de thon. A l’exception de la date, tout est resté pareil, même motel, même taxi, même pizza,…  Seule différence, et elle est de taille, je pars en mer pour quatre jours avec la célèbre équipe de scientifiques de Rodney Fox. La crème de la crème, le beluga royal, le Don Pérignon des Great White Shark’s expeditions. Nous rejoignons le « Princess II » et rencontrons toute l’équipe : Dive Masters, Docteur en biologie marine, skipper et cuistot. Andrew, le fils de Rodney, nous parle avec entrain de l’aventure de son père, de l’attaque, de la convalescence, des 462 points de sutures, de sa passion pour le grand blanc. Au travers les récits et les images nous découvrons un homme hors du commun, ami de Cousteau et de Perrin, conseiller principal sur le tournage des « Dents de la Mer »… Un personnage unique, haut en couleurs au destin extraordinaire... 


Comme une délicieuse mise en bouche, nous faisons halte dans une colonie permanente d’otarie. Pour une heure, nous évoluons au milieu de ces animaux formidables et si… canins. Patauds et maladroits sur terre, ils ont une aisance sans pareil sous les flots. De cabrioles en cabrioles, ils n’ont de cesse de nous frôler dans une tentative réussie de nous séduire. Nous échangeons les rôles et c’est nous qui devenons leur divertissement. Au plus près, face à face, le visage expressif aux longues moustaches nous fixe de ses yeux taquins. Tout le monde aime les otaries, ça doit être inscrit quelque part dans notre patrimoine génétique. Aucun être humain ne peut rester insensible au charme de ces gros toutous aquatiques. Nous quittons avec regret nos quadrupèdes marins et mettons le cap sur Neptune Island… 

Si je resterai muet sur la première journée, la seconde,  quant à elle, a rempli toutes ses promesses. Alors que le soleil finit de se hisser au-dessus de la ligne d’horizon, les premiers cris retentissent « sharks, sharks ». Pulvérisant tout sur mon passage, j’accoure sur le pont pour découvrir la silhouette du prédateur évoluer sous les eaux translucides de la baie. Bien au-delà de mes espérances, la vision du grand blanc est extraordinaire. Je me souviendrai toute ma vie des premières secondes lorsque la gigantesque mâchoire émerge de l’eau pour pulvériser la carcasse de thon. Je comprends mieux la crainte suscitée par le grand blanc dans l’inconscient collectif. Il est d’une perfection terrifiante. Sculpté par le diable lui-même comme pour rappeler à l’homme la faiblesse de sa condition humaine.

Il est maintenant temps de l’approcher au plus près, de partager son élément. L’eau glaciale s’insinue doucement par les failles de la combi mais le froid est secondaire, l’adrénaline réchauffe !!! Comme propulsé depuis le bleu abyssal, le poisson nous offre ses plus belles attaques dans un déluge de remous et de bulles. Ses mouvements sont rapides et efficaces, il choisi sa proie, s’abat tel un éclair et ne laisse derrière lui que mort et désolation. Un prédateur implacable d’une précision et d’une perfection terrifiante dénué de tout sentiment humain. Le spectacle est fascinant…

La seconde étape est de s’inviter dans son antre, de le rejoindre au plus profond des ténèbres, de l’accompagner sur ses terres où l’être humain n’est qu’un intrus toléré. La cage se pose dans les profondeurs abyssales, par 30 mètres de fond, l’eau est absolument glaciale – je découvrirai plus tard dans les relevés de mon ordinateur de plongée que la température n’est que de 16.4 degrés-. Cernés de toutes parts par une multitudes de raies aigles, les minutes s’égrainent dans un silence sépulcral. Nous attendons que se dessine au loin la silhouette caractéristique de la mort blanche. La visibilité est parfaite mais ce n’est que quelques secondes avant la confrontation que je remarque sa présence. Il évolue à quelques mètres de la cage définissant des cercles concentriques parfaits autour de nous. Dans son balai funeste il s’approche au plus près, nous ouvrons la porte de la cage, mon bras, à un vingtaine de centimètres de sa gueule, peut ressentir le courant laissé par son sillon. Je sens cette envie irrépressible de quitter la cage, de nager au plus près, de vivre le frisson ultime…

 

Si depuis mon départ j’ai vécu des aventures uniques, celle-ci restera un souvenir indélébile…

"On peut détruire le souvenir avec des mots, mais non pas la beauté de ce souvenir. "



Publié à 08:28, le 7/01/2011, Port Lincoln
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I wish you the Best

En espérant sincèrement que cette année soit encore plus belle que la précédente que vous conserviez la santé que vos souhaits se réalisent et que vos soucis disparaissent, je vous présente mes voeux les meilleurs pour 2011.

Ben

" C'est justement la possibilité de réaliser un rêve qui rend la vie intéressante. "



Publié à 01:51, le 1/01/2011, Port Lincoln
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Straight to the (red) center

4 juillet 1776, 14 juillet 1789, 21 juillet 1831, 25 novembre 1917, 9 novembre 1989,… 16 décembre 2010. Dignes héritiers d’un peuple libre et fier, Nous, êtres humains asservis, taillables et corvéables, tirant notre pouvoir et notre souveraineté de Droits inaliénables et sacrés, avons combattu avec force, ténacité et courage. Issus de pays, de confessions religieuses et d’obédiences politiques différents, nous avons uni notre force et nos convictions autour d’un seul et même objectif : la destruction définitive et irréversible de l’obscurantisme dont nous étions victimes. Suivant le chemin tracé par nos pères qui, en leur temps, ont libéré nos nations respectives du joug imposé par un obscur monarque ou un régime dictatorial, nous proclamons souverainement notre indépendance pleine et entière et par la présente jurons fidélité à nos convictions et à notre idéal révolutionnaire. Nous prêtons le serment suivant « Nous, représentants du peuple de backpackers, fier et digne, réduits sauvagement et illégalement à l’esclavage avons fait couler le sang de nos maîtres comme base ultime de notre liberté. Nous promettons de toujours honorer la mémoire de nos frères morts pour notre cause et de défendre notre liberté si âprement gagnée, fut-ce au prix de notre vie. »

« Nous sommes ici par la volonté du peuple, nous n’en sortirons que pas la force des baillonettes »

Enivrés par les relents de liberté (et de bière), nous avons quitté Kingston On Murray, les vignes, les cerises et les choux. La dream team est composée de Pascal « from germany », de Francis débarqué de Hong Kong et de votre fidèle serviteur dont il ne sait pas très bien s’il peut encore parler de Belgique. On planifie… mais trop, il faut laisser une place (assez consistante) pour l’imprévu et les galères… Surtout les galères… Et je vous préviens, il va y a en avoir…

 

Le plan initial était… c’est marrant, j’ai l’impression à chaque fois que j’écris que je débute toujours par le projet prévu (qui ne se réalise jamais) pour terminer par la réalité qui est souvent très différente… Je reprends, le plan initial était donc de louer un 4x4 pour faire l’aller-retour Adelaide-Alice Springs en 15 jours. Bien organisés, nous avions réservé notre véhicule au préalable.

Day One, two and tree, 16-17-18 décembre 2010

Première étape : récupérer la bête. Comme un ultime avertissement qui nous susurrerait « n’y allez pas, vous allez crever dans le désert », on arrive à se perdre à Adelaide… Ça augure d’excellents moments sur les routes de l’Outback désertique. Après une demi heure à tourner en rond, on trouve enfin l’agence de location. Ils ont eu l’air très surpris de nous voir débarquer et quand nous leur avons annoncé que nous avions réservé un 4x4… un coup de massue n’aurait pas fait un effet différent. En d’autres termes, vous l’aurez compris, Il n’y avait pas l’ombre d’un 4x4 au dépôt et notre réservation n’était pas arrivée à destination. S’ensuit un bordel innommable, ça appelle Melbourne, Alice Springs, Sydney, Bruxelles, Tokyo, Londres, New York, Ouagadougou…. Adepte du plan B, en Australie, on vous trouve toujours une solution « No worries, Mates »… Une solution, pas toujours des plus adaptée mais bon, il faut s’en contenter. Après moult discussions, le mec de l’agence (dont on peu légitimement se demander s’il y a ne fut-ce qu’une infime période la journée ou il n’est pas défoncé à la Marijuana) propose de nous prêter un van classique pour faire Adelaide-Alice Springs et de changer de véhicule à Alice. Moyennant un ristourne sur le prix, nous acceptons le deal. A défaut du superbe van 4x4 prévu, nous entrons en possession d’un van « Mazda » cuvée 1988. Honnêtement, je savais qu’on pouvait rouler avec des poubelles mais je n’imaginais pas qu’une telle épave puisse se mouvoir autrement qu’en s’écroulant. Plus de 650 000 km au compteur, repeint une 50aine de fois à la bombe, rouillé de partout,…. Here we are, le road trip peut commencer…

 

Il va de soi que les emmerdes ne venant jamais un par un, la journée n’était pas finie. Peu avant Port Augusta, nous avons eu droit à un contrôle « alcohool and drugs » orchestré de main de maître par la légendaire police d’Australie du Sud (à peu près pareille que Walker Texas Ranger version Aussie). Après avoir réussi avec brio le test d’haleine, déçus les charmants officiers ont décidé de passer au test drogue. Il est évident qu’un van pourri et bourré de backpackers doit également être bourré de Marijuana. On ne peut leur donner tout à fait tord… Bien que ni Pascal, ni Francis, ni moi-même n’étions en possession d’une quelconque substance prohibée, le charmant clébard renifleur a fait mouche… Sans nous départir de notre sang froid, nous expliquons qu’il s’agit d’un van de location et que nous sommes pas responsable des agissements des locataires précédents. Après avoir fouillé nos sacs et foutu un bordel monstre dans le van sans découvrir quoi que se soit, il s’agit de trouver un autre prétexte pour emmerder le monde…. Il était tout trouvé, vu l’épave que nous conduisions, le PV concernera l’état de délabrement du véhicule… On s’en fout, ça sera pour la gueule de l’agence.

Après une nuit passée sur une rest area (oui nous en avons trouvé une), nous reprenons la route au volant de notre veau. Premièrement, il faut savoir que Port Augusta, c’est les prémisses du désert, il est sensé faire chaud… et ne pas pleuvoir… Pensez donc, ça ressemble à l’Irlande et il pleut… Mais ce n’est pas tout… A votre avis, comment faire pire qu’hier ? Pas d’idée… ? Mais si enfin… Une panne !!! Après environ 150km, nous nous arrêtons pour hydrater la bête, un bruit étrange lorsque j’essaye de passer la marche arrière... Bof pas grave, c’est une poubelle… Nous reprenons la route en marche avant, à 70km/h, j’essaye tant bien que mal de passer la 5ième, et bien non, la 5ième est définitivement morte. Génial, il reste mille bornes à faire en 4ième à 70km/h. Ce n’est qu’à l’arrêt suivant, face à un mur, que j’ai également réalisé que la marche arrière avait aussi claqué… Bon ben maintenant, il reste plus qu’à pousser pour sortir de la place de parking. Trop c’est trop et la place de parking, c’était la goutte d’eau. On décide de se relayer pour conduire sans arrêt et rapatrier la poubelle à Alice. De nuit, nous avons réalisé que c’était une très mauvaise idée lorsque nous nous sommes retrouvés nez à nez avec une vache de deux tonnes au beau milieu de la route… On va quand même dormir un peu et on reprendra la route demain matin… On s’arrête à Marla, charmante bourgade désertique au beau milieu de nul part : une station service, 30 habitants, un bar et probablement 100% d’alcoolisme dans la population locale.

Levés à 5 heures du mat’, nous reprenons la route et tentons de couvrir les 500 bornes qui nous séparent d’Alice. Une journée ennuyante sans intérêt, on discute, on parie quelques dollars sur la prochaine pièce du van qui va claquer. A 5.000 tours, nous atteignons les 90km/h, le moteur surchauffe, la chaleur est insoutenable dans la poubelle mais nous atteignons enfin notre destination.

“Traveling in a fried-out combie
On a hippie trail, head full of zombie”

Je vous passe les discussions avec le type de l’agence mais après une demi-heure de palabres nous récupérons notre van 4x4… L’aventure peut enfin commencer… Enfin, on espère. On « visite » Alice Springs, ville désertique peuplée à 85 % d’Aborigènes pour la plupart à moitié clochard à moitié alcoolique passant la plupart de leur temps à se taper sur la gueule. Un endroit des plus charmant que nous nous empressons de quitter…

Day four, five, and six. 19, 20 et 21 décembre : West Mc Donnel & Palm Valley National Park

Il y a probablement autant de voyageurs que de types de voyage pour visiter l’Outback australien, du bus climatisé ou s’entassent 60 japonais au mec cinglé qui parcourt le bush en vélo en passant par les européens blasés qui viennent chercher un peu d’aventure et de frissons dans le red center. Refusant catégoriquement le tourisme de masse, nous avons opté pour l’authentique aventure. Curieuse équipe composée de Crocodile Dundee, d’Indiana Jones et de Bruce Lee, nous parcourons le désert et n’hésitons pas à nous aventurer hors des sentiers battus, à emprunter des « routes » impraticables, à traverser des rivières, à escalader des rochers, à dormir dans des endroits isolés et déserts,…. Nous découvrons des endroits merveilleux d’une sérénité incomparable parfois au prix de quelques désagréments…

Aucun mot et aucune photo ne peut rendre compte de l’immensité et la beauté des paysages qui nous entourent : à perde de vue des étendues sans fin de roches rouges et ocres serpentées par des rivières d’une eau cristalline. Nous enchainons les randonnées au beau milieu de l’Outback australien, la civilisation n’existe plus, nous partageons l’espace avec les dingoes et les kangourous, nos nuits s’illuminent uniquement d’étoiles, nous mangeons peu et mal, marchons beaucoup, avons oublié toute notion de confort et de propreté… Mais, il est de ces instants qui se méritent… Les moments uniques que je suis venu chercher au bout du monde, les rêves inaccessibles, les projets inutiles, la quête illusoire. Toutes ces idées farfelues que je trimballe comme unique bagage refont surface, je ressens l’intensité de l’instant et réalise, peut-être pour la première fois, la merveilleuse aventure que je suis en train de vivre. Tout ça au beau milieu du désert…

Day seven, eight and nine: 22, 23 et 24 décembre: KingsCanyon, Uluru & the Olgas

Leitmotiv qui chaque année amène plusieurs centaines de milliers de voyageurs au beau milieu d’un endroit chaud, inhospitalier, poussiéreux et bourré d’insectes aussi nombreux que désagréables : Uluru (Ayers Rock, en anglais). C’est le gros rocher situé en plein cœur de l’Australie que vous pouvez voir sur à peu près tous les catalogues de voyage. Si on ne peut que s’abasourdir devant la beauté des lieux, on regrette toutefois le côté « tourist entertainment ». Le rocher est devenu une attraction à part entière réunissant complexe hôtelier, restaurants, supermarchés,… Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on se croirait à Ibiza mais les soupers au champagne avec en toile de fond le coucher de soleil sur Uluru n’était pas l’idée que je me faisais du red center. En-dehors des hordes de touristes, il faut reconnaitre que les variations de couleurs selon la luminosité sont somptueuses et que le coucher de soleil laisse une emprunte mystique dans la mémoire. On réalise mieux la raison du caractère sacré dans la culture aborigène. S’il n’est pas interdit de l’escalader, il l’est fortement déconseillé. D’une part, pour raison de sécurité, pas mal de gens y ayant laissé leur vie (infarctus, déshydratation,…) et d’autre part dû au caractère sacré. Par respect pour les croyances aborigènes, j’avoue m’être longtemps posé la question de l’escalade. Les éléments auront facilité mon choix, la grimpette est interdite en raison du vent d’altitude. Je me contenterai de la marche autour de la base… 10km sous 40 degrés, c’est quand même long en fait…

 

Aujourd’hui, 24 décembre, dans la plupart des pays du globe, les familles se regroupent autour de l’âtre, décorent leur arbre de Noël et y déposent quelques cadeaux alors que la dinde rôti dans le four et que les flocons s’amoncèlent sur les trottoirs. En Australie, on ne faillit pas à la tradition et on tente, à notre échelle, de recréer l’ambiance de la fête. Certes, il n’y a pas de dinde, ni de sapin, ni de cadeau, encore moins de neige mais si il y a un truc que les Aussies adorent, c’est bien les décos de Noël du genre très très très lumineuses et à la limite du supportable. Tout y passe de la devanture des magasins à celle des 4x4 (non c’est pas une blague) en passant par les tentes. Pères Noël, sapins multicolores, rennes , traineaux,…. Je vous entends déjà me dire : « tu dramatises, l’Australie n’a pas l’apanage du mauvais goût en matière de déco de Nöel »… Certes c’est exact mais la particularité c’est que ici il fait 40 degrés à l’ombre et qu’un pseudo-arbre de Noël entouré de deux palmiers sur une pleine désertique c’est légèrement déconcertant. Pour ne pas faillir à nos habitudes, nous avons passé le réveillon de Noël en « Bush Camping », le bush camping, c’est à peu près la même chose que les rest area à la seule différence que ce sont des terrains qui se trouvent dans des parcs nationaux à mille lieux de toute civilisation. Après 30km de piste, nous rejoignons notre campement dans la Rainbow Valley et dégustons notre repas de Noël : Pennes sauce tomate et une boite de thon. Quand je pense qu’ils sont en train de se repaitre de foie gras, huitres, langoustes et homards à la maison…. Pour être bien sur de me souvenir toute ma vie de ce réveillon de Noël 2010, j’ai l’idée (certes, stupide) de passer la nuit à la belle étoile. Une nuit hors du commun ou je suis littéralement entré en fusion avec les milliards de moustiques qui m’entouraient… c’est sur je m’en souviendrai…

Day seven to the end : 26th to 30th December : Alice Springs to Adelaide, “the Old Ghan Road”.

Bien décidé à faire de notre road trip l’aventure de notre vie, nous avons choisi de suivre l’ancienne voie de chemin de fer pour rejoindre Adelaide : « the Old Ghan Railway ». Environ 4.000 km de piste reliant Adelaide à Darwin sans la moindre parcelle de béton ou d’asphalte, ponctué ça et là de quelques relais.

Première Etape : Alice – Finke

Décembre 1817, le soleil n’en fini pas de desséché la terre rouge et ocre des pleines désertiques, nous n’avons pas vu une goutte d’eau depuis des mois, les animaux meurent de soif et les aborigènes se rebellent. Les derniers courriers de Londres, bien que laconiques, nous laissent une poignée de semaines pour découvrir les gisements aurifères sans quoi la colonisation du nouveau monde sera définitivement abandonnée et nos rêves de richesse enterrés. Nous sellons nos chevaux et quittons toute trace de vie humaine pour nous lancer à la découverte du dernier enfer connu de la planète bleue : le grand désert Australien. Nous laissons femmes, enfants et compagnons d’infortune derrière nous. Comme pour galvaniser mon équipe et honorer leur dévotion à la Couronne, je lance un tonitruant « God saves the Queen », la foule surenchérit en écho et scande les chants patriotiques alors qu’au loin flotte fièrement l’Union Jack. Pour l’Angleterre mes amis…

C’est à peu prés comme ça que notre départ pour l’Outback s’est passé à quelques nuances près : les chevaux sont remplacés par une Mitsubishi Delica et la foule ne m’a pas acclamé quand j’ai crié « God saves the Queen ». Comme les colons d’un temps oublié, nous partons à l’aventure sans grand espoir de retour.

Environ 300km d’une « route » absolument crapuleuse parsemée de trous, d’ornières, de cratères, de carrières, nous séparent de Finke. Riche de mon expérience du réseau routier wallon, je pensais avoir les connaissances nécessaires pour faire face aux pistes australiennes. Etonnamment, l’enseignement prodigué de force par la Région Wallone ne m’a pas été d’un grand secours. Après une dizaine de kilomètres à 30km/h et l’impression que la voiture est transformée en marteau-piqueur, nous comprenons (enfin) que les vibrations disparaissent avec la vitesse. A 50km/h, les secousses se réduisent à celles d’un mixer, à 80km/h la musique à fond les couvre et à 100km/h elles disparaissent complètement… Mais à 100km/h l’adhérence est la même que sur une patinoire. Adepte du compromis, fenêtres ouvertes et musique à fond, Outback, prends garde à toi, on débarque…

Selon nos pronostiques et nos calculs savamment établis, nous avons assez de carburant pour rejoindre Maryvale, une bourgade intermédiaire sur la carte, et abreuver la bête. Stupéfaction, ou la ville a été radiée de la surface du globe ou nous nous sommes trompé de route mais Maryvale n’est pas à l’endroit prévu… Un os dans la soupe, une c…..e dans le pâté, un esquimau dans le désert.  Vous connaissez le concept du « point de non retour » ? C’est l’endroit à partir duquel il est plus long et plus dangereux de faire demi-tour que de continuer… Dans ces cas là, on s’arrête, on discute et on vote… Francis : Go back to Alice, Pascal : keep going and try to reach Finke. En gros c’est à moi que la décision revient… Réfléchir et agir en conséquence… Merde on m’a jamais appris ça à la fac… Si seulement, j’avais choisi des études utiles en situation de crise, c’est surement pas un Code civil qui va me sortir de là. Quoi que je me souviens vaguement d’un obscur philosophe qui défendait que lorsque l’intellect ne peut aider, il faut oublier tout ce que l’on a appris et revenir aux sens les plus basics… En d’autres mots, écouter son instinct.  Je prends la décision de continuer… Décision que je regrette aussitôt, je saisis toute la frustration du concept du « point de non retour ». Francis à ma gauche est tellement stressé que ses yeux ont presque disparu et je suis sur que s’il le pouvait il enfoncerait ses dents le tableau de bord. Pascal quant à lui reste plutôt cool, je crois qu’il ne réalise pas vraiment. Moi, je tente de me concentrer sur cette saloperie de piste, je vois la jauge d’essence qui diminue vite, trop vite et les kilomètres qui s’additionnent lentement, trop lentement… Les heures passent, la poussière s’insinue partout, la chaleur est insoutenable et pourtant le silence de la voiture est glacial, pas un mot depuis plus d’une heure. Comme un pied de nez à la fatalité, l’aiguille commence à flirter avec le rouge lorsque se dresse à l’horizon une grande antenne métallique qui ne peut témoigner que de l’emprunte humaine…. Finke !!! Certes on ne s’attendait pas aux rues surpeuplées de Sydney, mais là ça frise presque le stéréotype de la ville fantôme, carcasses de voitures, chiens errants et pas l’ombre d’un être humain. On traverse l’unique rue et on tombe sur la station service… fermée évidemment. Comme une version aborigène du téléphone arabe ou du Tam-Tam africain, il n’aura pas fallu 15 minutes pour que toute la ville soit au courant que des blancs étaient en ville. Alors que nous discutions de ce que allions faire, nous nous retrouvons entourés, cernés, envahis par les aborigènes du village. Selon les dires des australiens, les aborigènes ont une propension à l’alcoolisme, à la violence et, d’une manière générale, ils n’aiment pas trop les blancs… On tente d’être agréable et de discuter sur un ton qui se veut le plus neutre possible… Et puis, ils disparaissent presqu’aussi vite qu’ils étaient apparus… Pas étonnant, la jeep blanche à damiers bleus de l’autre côté de la rue porte l’écusson vert et or « to protect and to serve – Nothern Territory Police». Pour une fois qu’on est content de les voir ceux là… Ils s’approchent, nous leur exposons notre situation : la jauge d’essence, la station-service fermée,… Et contre toute attente, ils ont l’air encore plus embêtés que nous. Ils nous expliquent que l’endroit craint un peu, la nuit les habitants de cette charmante contrée ont l’habitude d’être plein comme des oies et de se taper les uns sur les autres. S’il leur venait l’idée malheureuse de s’en prendre à trois petits touristes blancs, l’image de marque du pays en prendrait un sacré coup… Les charmants gardiens de la paix nous conseillent donc de nous éloigner de 3-4 km et planter notre tente dans le bush suffisamment loin du village… Nous voilà rassuré, nous sommes protégés par la fainéantise humaine. Pouvions-nous rêver meilleure protection ? Personne ne s’aventurera dans le désert à pied pour nous égorger… Je crois que je vais quand même dormir avec mon couteau sous mon oreiller.

Finke – Oodnadatta

Après une nuit désagréable mais sans incident, nous nous réveillons avec les premiers éclats de lueur dans une chaleur épuisante. Selon nos amis de la maréchaussée, la station service n’est sensée ouvrir ses portes qu’à 10 heures. Encore 4 heures à tenir dans le désert avant de quitter Finke. On crève de chaud, on transpire, on bouffe des mouches et de la poussière, on boit de l’eau chaude et on attend… Vers 10 heures nous quittons notre campement de fortune et rejoignons le petit magasin. A croire que tout le village s’était donné le mot, mais il règne dans ce truc une effervescence sans pareille. Il fait dégueu et s’ils ne planquent pas des kangourous morts, l’odeur est très bien imitée… Autre mauvaise surprise, certes ils ont de l’essence mais la vendent 1.90 $ le litre contre 1.19 à Adelaide… 

"Le plus difficile, dans le désert, c'est de trouver la sortie"

 



Publié à 03:07, le 30/12/2010, Alice Springs
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